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Entretien avec Florence (1re partie)

tilt shift photography of microphone

Photo by Erkan Utu on Pexels.com

Il y a quelque temps déjà que je voulais faire un entretien avec Florence. Vous avez toute cette histoire de transition de mon point de vue, mais il vous manque l’autre côté de la médaille. J’ai donc préparé quelques questions pour Florence afin qu’elle se révèle un peu mais aussi pour équilibrer mes billets, vous donner (et me donner) du contexte. Voici la transcription de cet entretien en deux parties.

Florence, raconte-moi comment tu t’es sentie en te révélant à moi.

La première fois que je me suis révélée à toi c’était il y a cinq ans, lorsque l’on se découvrait. C’était un élément que je n’avais dit à personne. Je voulais en parler à quelqu’un et tu es la seule personne depuis toutes ces années qui m’as mis suffisamment en confiance pour que j’aie envie d’en parler. Donc je me suis sentie très appeurée au début parce que j’avais peur de te perdre instantanément mais d’un autre côté, j’étais très en confiance avec toi, donc je me disais que ça pouvait peut-être passer et qu’on voit où ça nous mène. Mais j’avais besoin de le dire. Donc libérée, en fait.

Je me souviens encore lorsque tu m’as répondu : « Où sont tes affaires? Amène-les, on fera une place dans la garde-robe, » c’était irréaliste pour moi, vraiment incroyable. C’était comme si tout était soudainement ouvert mais, en même temps, je n’étais pas ouvert à moi-même. Tu avais ouvert une boîte de Pandore en disant : « Ok, je suis prête à l’accepter, » mais moi, je ne savais pas ce qu’il y avait à accepter encore. C’était la première fois que ça pouvait aller un peu plus loin que de m’habiller quand j’étais seule. Je n’avais aucune idée de jusqu’où ça pouvait aller mais c’était ouvert.

Donc ma réaction a suscité chez toi des questionnements mais aussi des choses positives.

C’était très positif! Pas tant des questionnements, je n’en étais pas là, c’était trop intense d’émotion. C’était un secret qui sortait après 44-45 ans, donc c’était très libérateur, mais je ne pouvais pas savoir encore tout ce que ça allait engendrer chez moi. À ce moment-là, c’était juste libérateur. Je ne sais pas ce que ça va faire, je ne sais pas si on va en faire quelque chose. 

Florence, raconte-moi ces toutes premières fois où tu ne t’es pas sentie garçon mais bien fille.

C’est difficile à dire parce que je ne sais pas ce que c’est que d’être fille ou d’être garçon. Tout ce que je sais, c’est que j’ai toujours été en quête de quelque chose qui n’était pas moi, par le travestissement, par le fait que quand je regardais une femme ma réaction était : « J’aimerais être elle. » J’éprouvais de la jalousie en regardant les femmes. Du désir aussi, parce que je les aime, les femmes. Si on m’avait accordé un souhait, ç’aurait été d’être une femme. Par contre, je ne peux pas dire ce que c’est de me sentir femme ; il n’y a pas une liste ou une équation qui dit que tu es d’un côté ou de l’autre. Je ne peux dire, honnêtement, ce que ça veut dire être une femme, pas plus que tu as pu le décrire dans tes billets.

Ce que je peux dire, par contre, c’est que je ne me suis jamais sentie à ma place en tant qu’homme. Ça, par contre, je le sais. J’ai toujours cherché à m’hypermasculiniser, j’ai toujours cherché à compenser mes faiblesses, enfin ce que j’avais identifié comme faiblesses dans ma masculinité, par quelque chose de bien masculin, que ce soit par les sports comme le hockey, la musculation, les sports de contact, la façon que j’avais de m’habiller, de me présenter, c’était forcément hyper masculin, mais ce n’était pas ce que je voulais. Chaque fois que je voulais quelque chose, ce n’était jamais ça. Quand ça revenait, c’était je veux les cheveux longs, c’était je veux porter des robes, c’était je veux m’habiller comme elle est habillée, je veux me comporter comme elle peut se comporter alors que moi, je ne peux pas. Et dès que ça arrivait, je compensais instantanément par quelque chose. 

Et tes premiers souvenirs de tout ça?

C’est simple, c’est mon premier souvenir de jeunesse, je n’en ai pas avant ça. C’est la première fois que j’ai mis des vêtements féminins. Je devais avoir entre 4 et 5 ans. Mes parents avaient invité des amis et leurs enfants. Nous jouions à cache-cache en haut et même si nous n’avions pas le droit d’aller dans la chambre de mes parents, je m’y étais glissée pour être introuvable. Je me suis cachée sous le lit et j’y ai trouvé des bas, une culotte, des vêtements féminins. C’était irrésistible, je n’ai pas pu m’empêcher de les mettre. Je les ai mis et je me souviens encore de la sensation de bien-être que j’ai eue, la sensation des tissus sur ma peau, la sensation de les porter. J’étais bien, j’avais fait quelque chose que j’avais envie de faire, et pas qu’on me demandait de faire. Puis ma mère m’a attrapé, elle ne l’a pas dit à mon père, elle n’a pas fait de scandale, mais ç’a été: « Si ton père te voit, il te tue! Ça, ce n’est pas pour les garçcons, c’est pour les filles. Toi, tu es un garçon! » Donc ça été ça, c’est mon premier souvenir et il est très, très clair ce souvenir. Je me rappelle des rideaux, de l’édredon, de tous les détails.

Et plus tard, dans l’adolescence, même comme jeune adulte?

Dans l’adolescence, ça s’est matérialisé dans ma sexualité, donc en découvrant ma sexualité, j’ai essayé de la découvrir avec les hommes, avec les femmes. Et quand je la découvrais avec des hommes, j’exprimais mon côté féminin. Et quand je dis sexualité, c’est le tout début, on en est encore aux attouchements, on n’est même pas forcément nus. Donc en dessous de mes vêtements, je portais les vêtements de ma mère. La masturbation était précédée d’une période où je voulais ressentir quelque chose, donc je mettais les vêtements de ma mère, puis je me regardais. Je finissais par me masturber, puis avoir honte, et tout enlever.

Jeune adulte, c’était presque la même chose. Je l’assumais plus mais pas encore complètement. Il ne faut pas oublier que pour moi, cette période coïncidait avec le début d’Internet. J’ai eu Internet pour la première fois à 20 ans. Avant ça, ça n’existait pas pour moi le monde de la transsexualité ; c’était du travestissement, ça existait dans les cabarets, dans le monde du spectacle, point. Donc c’est sûr que je ne pouvais pas mettre de nom sur ce que j’avais mais constamment j’éprouvais le besoin de porter des vêtements féminins et de me sentire féminine. Après, je le réprimais systématiquement mais ça revenait très, très vite, c’était cyclique.

Et au fur et à mesure, les cycles se sont accélérés?

Je te dirais que non, ils ne se sont pas accélérés. Ils étaient assez constants, avec des périodes plus calmes. Quand je trouvais temporairement ma place en tant qu’homme, que ce soit par une activité, etc. je le vivais assez bien sur cette période jusqu’à ce que… Ça pouvait durer un mois, six mois… ça pouvais être trois jours. Si j’étais dans une phase d’activité masculine et que tout allait bien, je performais. Tant que j’étais reconnu comme un homme, un homme masculin, un homme viril, j’en éprouvais de la satisfaction, et je n’éprouvais pas ce besoin-là. Mais dès que je me retrouvais seul avec moi-même, dès que je ne voyais pas cette confirmation de masculinité exprimée par les gens autour de moi, je me retrouvais systématiquement à vouloir repartir dans mon côté féminin. 

Depuis que nous sommes ensemble, depuis cinq ans, le rythme des cycles s’est accéléré.

Oui, absolument. Quand on s’est connues et que je t’en ai parlé, ça a ouvert une boîte de Pandore. J’avais le droit. Passé la période de jeu, où on l’a fait ensemble, où on se découvrait, où tu me motivais pour que j’aille de l’avant, passé cet élément-là, nous sommes passées de la passion des débuts à une vie plus routinière, comme tous les couples. Mais c’est certain que moi, je l’exprimais encore. J’avais le droit de le faire. Je n’avais pas peur de me faire attraper, bien que j’évitais de me faire attraper parce que j’avais encore honte, mais je n’avais plus peur. Je le faisais, j’essayais tes vêtements. En fait, j’ai pas mal essayé tous tes vêtements, rien n’y a échappé! Mais dès que je me retrouvais seule, dès que tu partais en voyage d’affaires, oui, ça s’accélérait.

En parallèle, je me renseignais toujours de plus en plus sur la transition. Comment ça se passait, quelles étaient les étapes, quels médicaments prendre. Je me suis même renseignée sur la possibilité de les prendre en cachette. Essentiellement, je voulais être devant le fait accompli. Je sais maintenant que ce n’est pas possible mais mon intention était de mettre mon entourage devant le fait accompli. J’aurais dit: « C’est comme ça! Ça doit être hormonal. »

Tu ne voulais pas avoir besoin de t’expliquer.

Non. Je voulais le faire mais cacher ça derrière une maladie hormonale quelconque. « Je me transforme mais je ne prends rien. »

La suite très bientôt!

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  1. Hi Gabrielle,

    I finally had the chance to read this (well, to put it in Google-translate so I could). I’m really proud of you for writing it. The comments from your readers show that your connecting to people who really need your blog and your insights.

    I hope everything with you is going well.

    Natalie

    >

    J’aime

    octobre 21, 2018

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