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Articles de la catégorie ‘Femme’

Stress, tempête et accalmie

Nous avons surfé sur la vague des réactions positives au coming-out de Florence et c’est là, entre mars et mai (2018), alors que mes questions prenaient forme, que mes inquiétudes face au sérieux de la démarche ont lentement fait surface. Comment pouvait-on passer de Roxanne à Florence, deux images aux antipodes l’une de l’autre?

Je reviens sur ce sujet car c’en est un qui m’a marquée. Lire la Suite

5. J’ai (enfin) compris

Le billet précédent me laissait pantoise devant des questions fondamentales sur notre passé de couple, sur nos jeux de chambre versus les perspectives d’avenir :

C’était un jeu de chambre mais finalement non? Quelle satisfaction pouvait-il y avoir à être Roxanne? Pourquoi avoir toujours abordé la chose en mode BDSM, et surtout avec autant de scénarios délibérément humiliants?

Entre ces questions et leur résolution, il s’est passé plusieurs mois. C’est que ces questions ont mis du temps à s’articuler. Elles sont nées d’impressions floues, de sentiments confus, d’incompréhensions vagues—le tout mijoté sur une longue période. Elles ont vu mes émotions en tourbillon et, je le dis en toute honnêteté, une certaine colère monter en moi.  Colère et déception sur ce qu’était qu’être une femme aux yeux de la personne que j’aimais. S’il/elle voyait d’un tel oeil être une femme, était-ce ce qu’il/elle croyait que j’étais?

Les jeux de chambre, c’est une chose. Être une femme, ce n’est pas (que) ÇA. Comme je n’avais jamais vu quelque autre trait féminin chez mon époux, j’en comprenais que sa vision de la femme était réduite à ÇA.

Finalement, après une longue conversation avec la principale intéressée, j’ai compris. J’ai compris qu’elle n’avait jamais pu oser et que ce n’était que dans un cadre bien précis, nommément très BDSM, qu’elle pouvait se laisser aller à ne serait-ce qu’un tout petit coin d’une pâle copie d’une photocopie de l’original(e). Porter une robe de nuit, par exemple, alors qu’elle n’était pas dans ce cadre aurait été impensable pour elle. Elle se serait trouvée ridicule, son identité d’homme très homme ne l’aurait pas permis.

Elle devait faire tomber son identité d’homme pour pouvoir enfin être la femme qu’elle souhaitait devenir. Il n’y avait, pour elle, aucune dualité, aucune fluidité possible, aucun espoir de cohabitation civile.

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D’ailleurs, depuis le jour où Frédéric est tombé au combat (au sens figuré, bien sûr), plus rien de celle qui était à une certaine époque Roxanne n’est revenu. Les voiles BDSM sont tombés pour révéler Florence et je m’en trouve rassurée, réconciliée avec ce qu’est l’image de la femme pour mon épouse.

Toute ma colère et ma déception se sont évaporées lors de cette conversation. Je me demande comment il est possible que je n’aie pas saisi cela plus tôt, surtout en me relisant aujourd’hui.

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4. Ma vision de la femme

D’ailleurs, qu’est-ce que ça veut dire, être une femme? J’avoue ne m’y être que rarement attardée… être une femme, c’est les cheveux soyeux, la peau satinée, la douceur dans le regard, des gestes délicats, de la sensibilité, une voix veloutée, un maquillage léger. Non, non… ça c’est mon expression de la femme. Mais être une femme? J’essaye encore : c’est pouvoir donner la vie, être maternante. Pas faux mais pas complètement cela non plus. Je connais des femmes qui ne sont pas maternantes. Je connais des femmes qui n’ont pas d’enfant ; j’en suis. Allons-y autrement, avec ce que je sais de moi : je suis née femme avec le kit au complet. J’ai été élevée “en fille,” j’ai joué à la maîtresse d’école certes, mais mes poupées Barbie ont aussi piloté le Faucon Millénium. Je ne me sens pas étrangère dans mon corps, donc je dois bien me sentir femme.

Je suis féminine dans mon apparence : coiffure, maquillage, vêtements, bijoux. Je suis aussi plutôt féminine dans ma façon d’être : je favorise le consensus, suis une organisatrice-née, j’aime me sentir protégée et m’occuper des autres. J’ai toujours été comme ça. Me voilà donc rendue ici : je suis une femme féminine.

Je suis attirée par les hommes, j’aime les hommes et dans leurs yeux, je me vois femme. Je suis donc une femme féminine hétérosexuelle. Il m’est arrivé d’être attirée par une femme à quelques occasions, mais pas de tomber amoureuse. Dans leurs yeux, je me vois définitivement femme. Disons donc que je suis une femme féminine généralement hétérosexuelle. Voilà. Genre, expression du genre, orientation sexuelle.

Strong WomanMais l’essence même d’être une femme? Je n’y suis toujours pas. Pas de description universelle, en tous cas. Pour moi, c’est la douceur, aider les autres, avoir de l’empathie, faire le bien autour de soi. C’est aussi être forte, courageuse, résiliante, généreuse. C’est s’élever contre les réductions niaises, contre les généralisations, contre la violence, le sexisme, le racisme. C’est pouvoir compter sur soi, être indépendante, savoir tirer son épingle du jeu. Si je me relis, en fait, c’est surtout être un bon être humain… J’abandonne.

Une chose est sûre, je suis aujourd’hui la femme que j’ai toujours voulu être. Certes, j’aimerais avoir une meilleure carapace, plus de confiance en l’avenir, moins d’anxiété et d’inquiétudes, mais globalement j’y suis.

Je suis fière de m’être sortie pas si mal d’une famille tardivement éclatée et somme toute assez dysfonctionnelle. Je suis fière d’être débrouillarde et capable dans la vie, d’être intelligente et d’avoir du gros bon sens. Je suis fière d’être curieuse et de toujours chercher à en apprendre davantage, de vouloir devenir meilleure chaque jour. J’ai des intérêts variés, je forge des relations sincères, je cultive de rares mais précieuses amitiés, je m’éloigne des forces négatives pour focaliser sur les forces positives.

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3. Sa vision de la femme?

Un couple fort passe à travers les tempêtes. Un couple fort affronte les épreuves ensemble. Un couple fort relève les défis de la vie. Celui-ci est hors catégorie.

Je vous ai révélé plus tôt que mon mari aimait parfois prétendre être une femme. Il se transformait périodiquement en une version de la femme tout BDSM, et nous entreprenions alors des jeux de chambre pour une période donnée. Ces jeux de chambre nous menaient à toutes sortes de choses plus déglinguées les unes que les autres. Sans aller dans les détails de chacun des événements, sachez que nous avons joué tour à tour tous les rôles imaginables in inimaginables. Bref, depuis les tous débuts de notre relation amoureuse, pour moi, la féminité de mon mari n’en était pas réellement une. C’était un fantasme sexuel tout avoué qui tournait systématiquement autour de la femme soumise et de la pute.

Voilà donc qu’en janvier dernier (2018), mon mari m’annonce qu’il considère sérieusement l’idée d’effectuer une transition d’homme à femme et qu’il entreprend illico une démarche avec une psychologue spécialisée en la matière. Je l’avoue, je ne l’ai pas cru tout de suite ; j’ai par contre pensé que cette fois, ça allait trop loin. L’idée de la femme Roxanne que je connais n’a rien, mais alors là rien à voir avec être une femme. Je dirais même qu’il s’agit là de concepts diamétralement opposés, voire irréconciliables. On n’est pas une femme parce qu’on porte du maquillage et du parfum, qu’on porte un soutien gorge et des talons hauts et qu’on se fait prendre en levrette. C’est dénigrant et réducteur.

Mais voilà, c’était décidé, c’était ce qu’il avait toujours voulu et j’avoue que je me l’expliquais alors difficilement. C’était un jeu de chambre mais finalement non? Quelle satisfaction pouvait-il y avoir à être Roxanne? Pourquoi avoir toujours abordé la chose en mode BDSM, et surtout avec autant de scénarios délibérément humiliants?

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2. Travestisme?

J’ai rapidement su que mon mari aimait prétendre être une femme. Je n’avais pas envisagé la fantaisie avant mais elle m’a rapidement plu, particulièrement dû au contraste avec l’homme puissant et imposant qu’il était. C’est devenu un jeu partagé qui a débordé de la chambre à quelques occasions mais dont la sexualité avait toujours été le fil conducteur. Sous forme d’épisodes généralement entrecoupés de quelques mois, mon mari s’épilait entièrement le corps, se maquillait, coiffait sa perruque et enfilait des dessous féminins ; il devenait Roxanne. En soi, cela peut sembler peu attirant, voire ridicule, mais pour lui c’était extrêmement stimulant et synonyme de soumission dans son sens le plus BDSM.

C’est environ neuf mois après que nous nous soyons installés ensemble, après un épisode de Roxanne particulièrement intense, que j’ai suggéré à Frédéric de consulter un psychologue spécialisé en la matière, histoire de lever le voile sur ce qui se cachait réellement derrière ce jeu. Il a tout de suite été ouvert à l’idée. En y repensant, je ne sais plus mettre le doigt sur ce qui m’avait poussé à faire cette recommandation à l’époque, mais je me dis que j’avais un peu un sixième sens.

Les consultations ont mené à quelques échanges intéressants mais, après trois ou quatre séances, Frédéric a décidé d’y mettre un terme. Selon ses dires, le sujet était clos : c’était un jeu de chambre. J’avoue que, sur le coup, cela m’a rassurée. Ce n’est que tout récemment qu’il m’a avoué que c’était loin d’être clos, qu’il savait que sa démarche allait le mener exactement là où il en est aujourd’hui, c’est-à-dire en pleine transition, mais qu’il n’était pas prêt. Ni à l’entendre, ni à le vivre.

La vie fait bien les choses. Elle a d’ailleurs suivi son cours et nous nous retrouvons un peu plus de quatre ans plus tard, au moment de ce blogue.

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